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>>Au tour des pédiatres !

Le 15 mai dernier, journée mondiale de la famille, a été une occasion, pour le FARES et l’Hôpital des Enfants Reine Fabiola à Bruxelles, d’organiser un événement autour des risques du tabagisme passif. Après les gynécologues et les femmes enceintes les deux années précédentes, les cibles étaient cette fois les enfants et les pédiatres.

Grimages des enfants, stands de dessin, clowns et distribution de ballons étaient là pour attirer les familles, dans le hall de l’Hôpital des Enfants. Et lorsque parents et enfants s’approchaient pour demander un ballon ou participer à une activité, un pédiatre ou un interlocuteur du FARES était là pour aborder avec les parents la question de l’impact du tabagisme passif sur la santé des enfants et donner les mesures à prendre (comme ne pas fumer en présence des enfants). Une démarche qui rencontre un bon succès, d’autant que cette information sert souvent de point de départ à une discussion sur l’arrêt tabagique, lorsque le parent fume. «Lorsque nous percevons que ces parents sont déjà dans un processus d’arrêt, nous leur proposons une mesure du CO dans leurs poumons. Ils obtiennent un chiffre individuel, que nous leur expliquons, qui va objectiver leur situation propre. Cela peut encore augmenter leur motivation», explique Bérengère Janssen, psychologue et tabacologue au FARES. Ensuite, une information sur les méthodes d’arrêt est dispensée, et les parents peuvent être référés vers un tabacologue reconnu, s’ils le désirent.

Des pédiatres influents

L’année dernière et l’année précédente, des actions de sensibilisation étaient dirigées cette fois vers les futures mamans. Cette année, le FARES a opté pour les parents de jeunes enfants. Et puisque les années précédentes, les gynécologues étaient de la partie, cette année ce sont très logiquement les pédiatres. «Nous voulons ainsi assurer une continuité dans le message donné tant pendant la grossesse qu’après la naissance», poursuit-elle.

Mais les pédiatres et le personnel paramédical de l’hôpital constituent également un public pour recevoir cette information et cette sensibilisation: «Les pédiatres savent évidemment que le tabagisme passif des enfants les conduit à de nombreuses pathologies: asthme chronique, otites ou bronchiolites à répétition, mais il favorise également la drépanocytose, les troubles cardiovasculaires qui mèneront au diabète ou l’insuffisance rénale, notamment, il a un impact pour les enfants atteints de maladies cardiaques congénitales, etc.», explique le Dr Thierry Schurmans, pédiatre néphrologue à l’Huderf. Mais il précise néanmoins que dans la pratique quotidienne, le réflexe de penser «tabagisme passif» face à des troubles à répétition n’est pas encore présent. «Face à des troubles respiratoires récurrents, certains médecins demandent encore des examens invasifs pour détecter des allergies ou un reflux gastro-oesophagien par exemple. Ils ne pensent pas nécessairement d’emblée à une exposition à la fumée. Les pédiatres n’abordent quasiment jamais la question du tabagisme des parents avec eux, pour les accompagner dans un processus de sevrage

Ils sous-estiment pourtant leur rôle… «Des études(1) ont démontré que le pédiatre peut jouer un rôle essentiel dans l’arrêt tabagique des parents. Lorsque, lors des visites régulières de l’enfant, il aborde clairement la question avec eux, de manière adéquate, donne des conseils clairs sur les méthodes de sevrage durant 10 minutes, il double le taux d’arrêt chez les parents!», renchérit le Dr Laurence Hanssens, pédiatre pneumologue à l’Huderf. La technique des 5A est alors préconisée (Ask, Advice, Assess, Assist et Assure follow-up). Le problème invoqué pour ne pas le faire est, outre le manque de conscience de cet impact positif sur les parents, le manque de temps au cours de la consultation. «Pourtant, cette question devrait faire partie de toute anamnèse.» Mais il reste le problème de la formation à cet accompagnement…

Parents d’enfants malades chroniques

Cette journée a volontairement été programmée en dehors des nombreux événements qui se dérouleront le 31 mai prochain, journée mondiale sans tabac. Ce jour-là, l’hôpital répétera son rendez-vous annuel, à savoir la distribution de pommes aux visiteurs (surtout fumeurs!), avec un stand de brochures sur les risques du tabagisme, des visites dans les chambres, les mesures de CO, etc. Des actions qui se dérouleront sur les sites de l’Huderf, de Brugmann, de Paul Brien et de Reine Astrid.

Et puis, il y a le programme Re-naissance, qui se déroulera en octobre prochain. «Actuellement, nous assurons dans ce cadre la prise en charge durant une semaine – comptée en congé de maladie – de l’arrêt tabagique de patients bronchiteux chronique. Vu qu’à un an, le taux de réussite est de 50%, nous avons décidé de l’étendre cette année aux parents d’enfants atteints de pathologie chronique», explique le Dr Hanssens. Une idée encore renforcée lorsque, l’année dernière, l’Huderf a fait un coup de sonde auprès des 60 enfants atteints de mucoviscidose: 26 d’entre eux avaient des parents fumeurs…

Auteur : Carine Maillard
Source : Le Journal du Médecin (n° 1920 du 23/05/2008) - ©Lejournaldumedecin.com

(1) Winickoff JP et al. State-of-the-Art Interventions for Office-Based Parental Tobacco Control. Pediatrics 2005 ; Erickson – Gerstle & Feldstein, déc 2005

>>Journée mondiale sans tabac 2008.